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Collaborateur d’avocat

Anne Catherine HIVERT

« Je n’avais, dans la profession où je débutais, ni parents, ni appuis. Pas de fortune, pas de local et pas de clientèle. Mais j’étais avocat. »

Sans doute ces quelques mots de notre confrère Roland DUMAS (Les avocats – éditions Grasset et Fasquelle – 1977), sont encore adaptés à la majorité de ceux qui embrassent l’avocature.

Ces mots illustrent une réalité bien concrète de la profession d’avocat, qui plus qu’une profession est un état.

Après des études de droit, lesquelles mènent à tout à condition d’en sortir, l’examen, ou de fait le concours d’accès à la profession d’avocat, est certes sélectif, mais est ouvert à tous ceux qui possèdent les diplômes et qualités nécessaires, peu important d’où l’on vient.

De ce point de vue, l’accès à la profession d’avocat est très républicain car au seul mérite, ce qui fait sa diversité et sa force.

Pour autant, l’avocature est par ceux qui la composent et, partant, est dépendante des qualités et des défauts des avocats.

A cet égard, la formation initiale des avocats, certainement susceptible d’être améliorée, ne suffit pas.

Empiriquement, l’important, après une formation universitaire puis pré-professionnelle de qualité, est l’apprentissage.

Le terme n’est pas galvaudé.

Sans autre atout que mes diplômes, je me suis en son temps présenté rue Boissac, après avoir prêté le serment d’avocat, à mon futur patron (du latin patronus issu de pater – le père ou le protecteur -), lequel m’a demandé ce que j’attendais de ma collaboration.

Alimentairement, j’attendais ce que le cabinet était prêt à m’accorder mais intellectuellement, l’important était d’apprendre le métier d’avocat.

Quitte à être politiquement incorrect, le traitement de l’avocat collaborateur récipiendaire n’est pas l’enjeu essentiel.

D’abord, car si l’avocat peut théoriquement exercer sous statut salarié, le collaborateur d’avocat est pour plusieurs raisons quasiment toujours un collaborateur libéral, impliquant qu’il puisse – et doive – développer sa clientèle personnelle.

Il s’en induit un complément d’honoraires s’ajoutant à la rétrocession versée par le patron en contrepartie des dossiers traités par le collaborateur, assurant au collaborateur un revenu global de travailleur indépendant, rapidement satisfactoire.

Ensuite car l’essentiel est d’être bien formé à l’exercice de l’avocature, car on pratiquera subséquemment le métier comme on l’a appris.

Dans ce contexte, je suis devenu collaborateur d’avocat sans autre prétention que celle d’apprendre mon métier dans le cadre des relations entre un avocat et son confrère collaborateur, régulées par les principes ordinaux, c’est-à-dire avec dévouement et confraternité, sans craindre d’y consacrer l’essentiel de mon temps.

On se trouve moins, à cet égard, dans une relation subordonnée au sens salarial, que dans un compagnonnage – plaider fait faire le tour de France – dont l’essence est la transmission professionnelle, mais également institutionnelle car on participe à l’œuvre de Justice et enfin personnelle car la relation à celui qui apprend à devenir avocat participe également de la construction personnelle.

On est certes dans l’exigence et le sérieux, d’abord dans l’intérêt de ceux qu’on défend, mais l’on s’efforce de vivre tout cela avec recul en gardant à l’esprit le serment d’avocat et tout ce qu’il représente, mais également tous les bons moments, notamment les matchs de l’Olympique Lyonnais auxquels on assistait ensemble le samedi en fin d’après-midi au stade de Gerland après une bonne journée de travail et les dossiers et les intérêts des clients sécurisés.

Je n’ai pas connu d’autre collaboration et n’en espérais pas tant.

Et même si les pratiques évoluent, et c’est tant mieux, gageons que les jeunes avocats conservent, même dans l’air du temps, le goût de recevoir l’apprentissage d’une avocature exigeante indispensable à l’intérêt des justiciables et à celui d’une bonne Justice.

Comme avocat pratiquant le droit du travail, j’ai reçu tout cela d’un patron et d’un mentor : un patron plaidant pour les employeurs et un mentor plaidant pour les salariés.

Cela peut paraître paradoxal voire incongru, mais ça correspond finalement au principe d’indépendance du serment de l’avocat.

Et le patron et le mentor étant désormais tous deux admis à l’honorariat, c’est le serment qui doit demeurer.

Enfin, pas seulement, car on retrouvera bientôt tous trois le chemin du Parc OL et les matchs de l’Olympique Lyonnais.

Article rédigé par Maître Christophe BIDAL.