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LegalTech : l’avocat du futur sera-t-il une machine ?

Anne Catherine HIVERT

Alors que le 3ème salon du Village de la LegalTech vient de fermer ses portes à PARIS et que cette semaine l’Intelligence artificielle est à l’honneur à MONTREAL, quels enseignements peut-on en tirer pour notre profession ?

Beaucoup d’encre a déjà coulé sur le sujet.

Ce terme assez récent au pays des gaulois, existe en réalité depuis le début des années 2000 outre-manche.

A l’origine, les LegalTech étaient un support aux juristes, leur permettant d’automatiser certaines tâches répétitives telle que la facturation, le stockage et la génération de documents, la recherche de documents juridiques.

Cela a-t-il vraiment changé ? Pas si sûr.

Peut-on dire que ce terme recouvre aujourd’hui autre chose qu’une sorte de compilation, de matrices en tous genres ? Peut-être au regard de la pléthore d’offres qui fleurissent mais….

Les LegalTech sont en plein essor et permettent désormais :

  • La communication de pièces électroniques lors des procédures judiciaires ;
  • La mise en relation de clients potentiels avec un avocat ;
  • La possibilité pour les particuliers ou les entreprises d’accomplir certaines formalités sans passer par un juriste (statuts de société, contrat de travail…) ;
  • Une assistance juridique en ligne ;
  • L’analyse de milliers de décisions de justice….

Bref, l’offre est vaste et chacun peut y trouver son compte.

Néanmoins, les LegalTech les plus performantes ne remplaceront jamais les conseils avisés, dispensés par un professionnel et plus particulièrement par l’Avocat.

Quid de l’intuitu personae qui nous est si cher et plus encore à nos clients, quid du service sur mesure, de l’interprétation de la loi et de la jurisprudence, de l’expérience… ?

Nos clients viennent chercher notre plus-value.

Les LegalTech peuvent répondre à des demandes d’actes simples, standards mais ne peuvent pas, en tout cas à ce jour, faire de l’orfèvrerie comme le fera le conseil d’une entreprise ou d’un justiciable quel qu’il soit.

Les LegalTech ne connaissent pas l’histoire de l’entreprise, comment elle s’est construite, d’où vient son dirigeant, ni comment est composée sa masse salariale.

Elles ne peuvent pas rassurer le client inquiet qui sort d’un rendez-vous, apaisé et rassuré d’avoir remis son « problème », souvent complexe et à de multiples facettes, entre les mains d’un sachant.

Je ne crois pas que l’on puisse se positionner pour ou contre le développement de ses outils.

 

Il faut en revanche constater et accepter qu’elles existent et en tirer parti pour optimiser notre temps et nos coûts en leur laissant les tâches sans valeur ajoutée, et en nous concentrant sur notre cœur de métier : répondre aux besoins de nos clients, être encore plus proches d’eux, être réactifs et pertinents.

Les LegalTech sont de fabuleux outils à notre disposition grâce aux corrélations qu’elles mettent en œuvre, aux algorithmes qui permettent de récupérer et traiter des millions d’informations mais nous gardons la conviction, partagée nous semble-t-il par nos clients, qu’elles ne doivent pas décider en lieu et place de leurs utilisateurs.

Il serait paradoxal de vanter, en tant de domaines, la valeur indispensable des hommes qui composent l’entreprise…et de pas l’appliquer au droit et à la stratégie juridique…

Bref, si le fantasme du robot qui remplace la matière grise et l’expérience a encore de beaux jours devant lui, ce n’est sans doute bien qu’un fantasme.

Article rédigé par Maître Céline VIEU DEL BOVE